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LIBERTUS III - Des nécessités secrètes de peindre

Novembre 2007.  J’habitais alors à Mananjary, une ville du sud est de Madagascar où tous les sept ans se déroule durant un mois le « Sambatra », la fête de la circoncision . En dehors du coté traditionnel qui fait son charme et attire beaucoup de monde, cela reste une fête populaire énorme et les débordements sont très fréquents. La plupart des responsables de la ville préfèrent d’ailleurs partir dans ces moments. Pour l’occasion je tenais une exposition à l’Hotel SORAFA pas très loin de chez moi, organisé par l’Alliance Française. Je venais de terminer cette toile, elle n’était pas encore sèche et j’en étais vraiment très content. Elle était différente des autres, j’avais réussi à intégrer à ma recherche abstraite une certaine forme de symbolisme lié en principe à la figuration.

Lors du vernissage, un de mes compatriotes résidents, nous étions à peine une dizaine de familles dans la ville, me l’a acheté. Loin de me réjouir, cela m’a complètement déprimé. J’aurais aimé en profiter pour approfondir cette voie. Mais j’avais un enfant en bas age, besoin d’argent et je ne pouvais pas dire non. J’ai commencé à contracter le paludisme puis je me suis ressaisi pour finalement me joindre aux festivités. On n’a pas le droit à la démoralisation et au laisser aller dans ces contrées, sous peine d’y perdre la vie.

C’est lors d’une des soirées suivantes qu’un de mes amis s’est fait encorner par un zébu fou lâché dans la rue. Catastrophe ! Comprenez que le niveau de l’hôpital est assez proche de ce qui se faisait il y a au plus de 200 ans en France et qu’il avait vraiment très peu de chance de s’en sortir. D’autant plus que le chirurgien était parti en vacances, enfermant tout le matériel dans ses placards et qu’il n’y avait même pas d’eau au robinet (si si!).

Je me suis souvenu alors que mon client organisait ce soir là un petit banquet chez lui où se trouvait l’un des chirurgiens les plus réputés de la Réunion. Il était bien évidemment en vacances mais j’ai pris mon courage à deux mains et je suis allé les voir. Il a accepté de venir et nous nous sommes rendu à l’hopital. Heureusement, il avait emporté du matériel de secours au cas où il arriverait quelque chose à sa fille. Mon ami était sur une table, ouvert du haut de l’abdomen jusqu’à la moitié de la cuisse et l’ophtalmologiste et quelques collègues paniqués et désœuvrés tentaient vainement de le sauver. Autant vous dire qu’ils ont émis un grand soulagement quand ils nous ont vu arriver.

Le professeur a sauvé mon ami.

Si je n’avais pas peint et vendu cette toile, peut être les choses auraient elles été différentes. Qui sait ? En tout cas, elle marquait la fin d’une des périodes les plus créatrices de ma vie d’artiste. Car cette aventure fût loin de me stimuler. La déprime était devenu systématique aux expositions suivantes et surtout lors de vente. Ainsi, quelques mois plus tard, j’arrêtai la peinture pour devenir fabricant de glace et fumeur de poisson.

sans titre, huile sur toile, 
58,5 x 58,5 et 84 x 40 cm


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